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La vérité ! Pourquoi et comment la France a-t-elle éliminé Gbagbo, bombardé la Côte d’Ivoire et placé Ouattara ?

13 avril 2021, New African
La vérité ! Pourquoi et comment la France a-t-elle éliminé Gbagbo, bombardé la Côte d’Ivoire et placé Ouattara ?

Dans le passé, avant que Gbagbo ne soit au gouvernement, tout président africain francophone qui, autant que lui murmurait l'idée de se libérer de l'emprise française ou même de préconiser un amendement des accords du CFA, recevait un bel envoi via un coup d'État. La peur a donc immobilisé les dirigeants francophones, les empêchant de faire quoi que ce soit au sujet du pacte colonial.

Le reportage par les médias internationaux a, comme d'habitude, contourné le cœur du problème en Côte d'Ivoire, qui va au-delà de l'élection présidentielle. En fait, l'élection présidentielle n'est que la pointe de l'iceberg. Selon de fervents observateurs de la scène ivoirienne, le vrai problème ne se situe même pas entre Gbagbo et Ouattara ; ils disent que c’est entre Gbagbo et la France, l’ancien maître colonial dont les énormes tentacules sont toujours fermement implantées en Côte d’Ivoire et dans les 13 autres pays francophones d’Afrique. Ils disent que tant que le lien français ne sera pas compris et résolu, une paix réelle sera difficile à réaliser dans une Côte d’Ivoire très polarisée.

Selon l'ancien ambassadeur du président Gbagbo auprès des Nations unies, Koffi Charles (Ouattara a depuis envoyé son propre ambassadeur auprès des Nations unies à New York), « le cœur du problème en Côte d'Ivoire est une conspiration du gouvernement français pour utiliser tous les moyens nécessaires pour retirer Gbagbo du pouvoir parce qu'ils pensent qu'il est dangereux et contraire à leurs intérêts en Afrique francophone. Mais Gbagbo ne permettra pas aux Français de contrôler et de diriger la Côte d’Ivoire à leurs propres conditions. »

Selon Gbagbo et les intellectuels de gauche regroupés autour de lui, « le problème français » remonte de loin. Gbagbo est professeur d'histoire par carrière. Ainsi, lui et les intellectuels qui l'entourent connaissent de fond en comble le pacte colonial que la France a signé avec ses anciennes colonies africaines avant de leur accorder l'indépendance en 1960. Gbagbo et son groupe détestent avec passion le pacte colonial et les accords de coopération qui y sont attachés !

Et pas seulement eux - dans toute l'Afrique francophone en général, des milliers d'intellectuels et de personnes perspicaces détestent également le pacte colonial. Et ils veulent qu'il soit abrogé.

Ils pensent que le Pacte donne à la France trop de contrôle sur leurs pays « soi-disant indépendants ».

Gbagbo et son groupe d'intellectuels partageant les mêmes idées ont aspiré à se libérer de la mainmise française sur leur pays. Mais il y a un danger attaché. Si la France laisse la Côte d’Ivoire échapper à son emprise, les 13 autres pays membres du CFA pourraient suivre la même voie et la France serait un roi sans vêtements. En fait, cela affecterait gravement non seulement le prestige de la France à l'international, mais aussi son économie. La France sans l'Afrique francophone serait comme un pot de soupe sans sel.

La France ne peut donc pas laisser cela se produire. Dans le passé, avant que Gbagbo ne soit au gouvernement, tout président africain francophone qui, autant que lui murmurait l'idée de se libérer de l'emprise française ou même de préconiser un amendement des accords du CFA, recevait un bel envoi via un coup d'État. La peur a donc immobilisé les dirigeants francophones, les empêchant de faire quoi que ce soit au sujet du pacte colonial.

Les Français connaissaient très bien Gbagbo et son groupe, bien avant qu'il ne devienne président. Ils connaissaient son agenda, qu’il voulait les expulser de Côte d’Ivoire ; alors pendant des années, ils ont essayé de l'empêcher de devenir président. Mais il s'est faufilé.

Bien sûr, la France ne pouvait pas laisser Gbagbo seul, pour triompher d'eux à long terme ! Certains experts ont même suggéré que le coup d'État de 2002 qui a failli renverser Gbagbo avait la marque des mains françaises partout. Gbagbo était en visite en Italie lorsque le coup d'État s'est produit. Les initiés disent que le président Jacques Chirac lui a offert un asile politique super attrayant en France, mais Gbagbo l'a refusé et s'est précipité chez lui au milieu de la contre-attaque de ses troupes loyalistes pour reprendre la capitale, Abidjan. Ces combats, malheureusement, se sont transformés en une rébellion qui a divisé le pays en deux - une guerre civile entre le Sud désormais contrôlé par le gouvernement et le Nord contrôlé par les Forces nouvelles. Comme prévu, la politique antagoniste du président Jacques Chirac à l’égard de Gbagbo a été poursuivie par son successeur, le président Nicolas Sarkozy. Ironiquement, dans les premiers mois qui ont suivi le passage du relais de Chirac à Sarkozy, Gbagbo a déclaré à un intervieweur de télévision étrangère que « depuis que Chirac a quitté l'Elysée, je peux m'endormir sans penser qu'une expédition militaire vient me chercher dans mon lit. »

L’équipe de Gbagbo a toujours accusé les Français d’être les maîtres des rebelles du Nord. Ils disent même que les Français utilisent les rebelles pour rétablir le statu quo ante. Ainsi, pour Gbagbo et ses partisans, une présidence Ouatarra est un autre nom pour le contrôle français de la Côte d’Ivoire. Ils disent que c’est la raison pour laquelle la France et ses alliés ont ignoré les plaintes de Gbagbo pour « fraude électorale massive » perpétrée dans huit districts du Nord, pour donner à Ouattara la victoire au second tour de la présidentielle.

Selon Koffi Charles : « Les Français ont essayé d'aider Ouattara à voler les élections parce qu'ils savent qu'ils peuvent l'utiliser pour servir leurs intérêts dans le pays. Eh bien, les Français peuvent choisir de nous manquer de respect en tant que pays africain, mais nous sommes fiers de qui nous sommes et ne leur permettront plus jamais de nous intimider et de nous tromper.

Le point de vue de Charles est partagé par le conseiller juridique de Gbagbo, Augustin Douoguih : « Certaines personnes ont simplement réduit la crise ivoirienne à un simple conflit électoral. Non ! L'impasse électorale n'est que la pointe de l'iceberg », a-t-il déclaré dans une importante interview publiée à la mi-janvier. « Pour mieux comprendre les complexités de la crise, il faut connaître le rôle et la culpabilité des Français et l'agenda caché des Français. »

Il a poursuivi : « Sous tout ce bruit se cache une lutte silencieuse du président Gbagbo pour libérer la Côte d’Ivoire de l’exploitation économique française et d’un gouvernement français vicieux utilisant tous les moyens nécessaires pour le faire tomber. »

Charles a ajouté : « Le président Gbagbo a appelé à un panel international pour enquêter et analyser le processus électoral et les résultats pour régler le différend, mais les Français et Ouattara disent non. »

« Le premier envoyé de l’Union Africaine en Côte d’Ivoire, l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki, après avoir examiné attentivement la situation, a fait des recommandations similaires. Où est Mbeki maintenant et qu'est-il advenu de son rapport et de ses recommandations ? »

Charles a ensuite fait sa déclaration la plus ferme à ce jour. « L'armée, la police et le peuple soutiennent tous solidement le président Gbagbo », a-t-il déclaré. « Nous résisterons à toute intervention étrangère avec la dernière goutte de notre sang et jusqu'à ce que le dernier homme tombe. Personne ne doit sous-estimer notre détermination à défendre notre président élu constitutionnellement, notre pays et sa souveraineté. Toute tentative de la CEDEAO ou de toute puissance étrangère de destituer de force le président Gbagbo conduira à une guerre civile sanglante qui pourrait engloutir toute l'Afrique de l'Ouest. Environ un tiers de la population ivoirienne est originaire des pays voisins ; les Burkinabè à eux seuls sont au nombre d'environ trois millions. »

« Certains dirigeants de la CEDEAO ont été trompés par les Français en se précipitant pour envisager une action militaire sans réfléchir par eux-mêmes. Est-il judicieux de plonger l'Afrique de l'Ouest dans la guerre et de déstabiliser la région à cause d'un conflit électoral ? » Demanda Koffi Charles avec défi.

Tout compte fait, la justice naturelle exige que les plaintes de Gbagbo pour fraude électorale et trucage dans le Nord fassent l’objet d’une enquête pour ce qu’elles sont par une communauté internationale véritablement impartiale. Truquer une élection contre un président en exercice est aussi mauvais que le truquer contre un candidat de l'opposition.

Si l’enquête révèle que les plaintes de Gbagbo n’ont pas de mérite, alors il peut être expulsé s’il n’y va pas paisiblement. Si ses plaintes s'avèrent valables, alors les exigences de la Constitution ivoirienne devraient être autorisées à l'emporter. Une nouvelle élection devrait alors être supervisée par des observateurs internationaux véritablement impartiaux qui seront libres de se rendre n'importe où dans le pays, sans crainte, sans laisser ni entrave.

Jusqu'à ce qu'une telle enquête soit menée, toute menace d'action militaire et l'imposition de sanctions économiques et autres (comme déjà appliquées par l'Union Européenne, la France, l'Amérique et leurs alliés) est contraire à la justice naturelle et n'apportera pas une paix réelle en Côte d’Ivoire. De telles choses peuvent réussir à mettre Ouattara au pouvoir, mais l’expérience de l’Iraq et d’ailleurs montre que de telles impositions ne sont pas du tout des solutions car elles n’apportent aucune paix réelle dans des pays polarisés comme la Côte d’Ivoire.
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