Seytoo — Des idées et des histoires qui inspirent. « Mon mari m’a abandonnée avec mes trois enfants. — Seytoo. S'instruire. S'épanouir.
×
menu
search
live_tv
EN
search

Actualités
Analyses
Lifestyle
Vidéos
Chroniques

En cliquant sur « Je m'inscris », vous acceptez la Politique de Confidentialité de Seytoo.
Créez votre compte !
keyboard_arrow_left

Préc.


Partag.

save

Enreg.
keyboard_arrow_right

Suiv.

Amour et famille

« Mon mari m’a abandonnée avec mes trois enfants... »

22 décembre 2021, Obs.
« Mon mari m’a abandonnée avec mes trois enfants... »

Elle n'est pas née avec une cuillère d'argent dans la bouche et elle en est consciente. Mami Diatta, 22 ans n'a jusqu'ici pas connu les joies d'une vie facile.

C’est une femme rongée par la maladie, un cancer du sein, et qui lutte âprement pour la survie quotidienne. Fatou Diatta est sans emploi, abandonnée par son mari avec ses trois enfants. C'est avec la bourse de sa fille aînée, Mami, qu'ils essaient de tenir face à la cruauté de la vie. Une ...mammographie qui lui permettrait de déterminer l'avancement de sa tumeur, elle ne peut même pas s'en payer le «luxe». Livrée à elle-même, après que ses proches lui ont tourné le dos, elle se meurt à petit feu...

« Je m'appelle Fatou Diatta. J'ai 49 ans. J'habite Rufisque avec mes trois enfants. L'aînée est de 1989, le second de 2000 et la dernière est née en 2002. Mon mari et moi ne sommes plus ensemble. Nous avons depuis quelque temps des problèmes. Il m'a abandonnée avec notre progéniture. Je suis sans emploi actuellement. Je travaillais avant comme ménagère et faisais parfois de petits commerces, mais j'ai arrêté car mon état de santé ne me le permettait plus.

À la naissance de mon deuxième enfant, j'ai remarqué une petite boule au niveau du sein gauche. Cela m'inquiétait beaucoup, mais n'ayant pas les moyens d'aller à l'hôpital pour une consultation, je me suis résignée à vivre avec. Un jour, par chance, j'ai appris qu'il y avait des journées de consultations gratuites dans le quartier. J'ai donc décidé de saisir cette opportunité. À ma grande surprise, les médecins qui m'ont auscultée m'ont fait savoir que ce n'était rien de méchant. Au début, j'étais rassurée, mais le doute m'a vite gagnée.

En ce moment, il y avait un téléfilm très couru qui passait à la télé et l'une des héroïnes avait les mêmes symptômes. Il s'est avéré par la suite qu'elle souffrait d'un cancer du sein et cela m'a beaucoup fait douter. Je ne savais plus quoi penser. Des mois, puis des années se sont écoulés sans que je ne prête attention à la boule qui continuait à pousser sur ma poitrine. Heureusement, je ne ressentais aucune douleur, à part de légers picotements. L'année dernière, alors que je prenais un bain, j'ai ressenti un lourd poids qui pesait en moi, je me suis alors rendu compte que c'était la boule qui poussait de plus belle.

La douleur était devenue plus vive. J’ai compris que cela devenait sérieux et je suis allée voir un médecin à la retraite du quartier qui continuait à exercer à domicile. Après examen, il m'a fait savoir que je n'avais rien, mais au son de sa voix, j'ai senti qu'il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond. Je l'ai alors supplié de me dire la vérité, mais il n'a pas voulu. J'ai insisté en lui disant que je n'avais pas peur de la mort, si c'était cela qui m'attendait. Il a campé sur sa position, avant de me suggérer d'aller faire une mammographie. Renseignement pris, j'ai appris que le coût de cet examen était excessivement cher et que je ne pouvais pas me payer ce luxe, vu la situation que je traversais avec mes enfants.
« Expulsés, nous vivons dans une maison en construction » J'ai donc entrepris de demander une aide auprès de certains de mes proches et de bonnes volontés, mais sans succès.

À chaque fois, on m'envoyait promener. J'ai donc pris mon mal en patience; je souffrais en silence. Je ne voulais rein dire à ma fille aînée qui, déjà, se démerdait comme elle pouvait pour nous faire vivre ses frères et moi. Je ne voulais pas lui ajouter un fardeau supplémentaire. Avec sa bourse d’étude qui s’élève à 36.000Fcfa par mois, elle s’occupait de toutes les charges de la maison. Malheureusement, cela ne fait même pas le quart de nos dépenses. D'ailleurs, on nous a récemment expulsés de la maison que nous occupions.

Le loyer était de 50.000 FCFA et nous devions plus de six mois d'arriérés au propriétaire qui nous a sommés de vider les lieux, Nous avons emménagé dans une maison en construction, le 29 septembre dernier. Il n'y a ni portes, ni fenêtres et nous payons 5.000 F Cfa chaque mois. J'ai remis 40.000 F Cfa qu'on m'a prêtés au propriétaire pour qu'il nous laisse occuper les lieux. Avant, nous nous acquittions convenablement du loyer mensuel, car mon mari était encore avec nous.

Malheureusement, il est Parti, nous laissant seuls face à notre sort. Ma brave fille, sachant que je ne pouvais pas travailler, nous a sur les bras avec sa bourse. Elle se prive même de ses tickets de restaurant et lorsqu'elle s'habille pour aller à l'Université, j'ai même pitié d'elle. Depuis qu'elle a découvert ma maladie, elle ne dort plus, elle ne mange plus elle est complètement affligée. C’est le médecin à la retraite qui m’avait examinée qui lui a finalement avoué que j'étais atteinte d'un cancer du sein, alors qu'il refusait de m'en parler.

Lorsque je lui, ai demandé pourquoi il avait fait cela, il m'a dit que la maladie risque de prendre de l'ampleur si rien n'est fait. C'est la raison pour laquelle il a pris les devants en parlant à ma fille de ma maladie. Leur père qui travaille, hormis le fait de payer les études de notre fils, ne fait rien pour nous. On tire le diable par la queue. Je suis persuadée qu'il est au courant de ma maladie, car j'en ai parlé à sa sœur qui, de temps à autre, nous aide.

Ce que je vis avec mes enfants est vraiment dur. Je suis seule face à un destin cruel qui m'a clouée sur place. Tout ce que je demande, c'est qu'on m'aide à guérir, afin que je puisse, à mon tour, aider mes enfants, en particulier ma pauvre fille qui se sacrifie pour nous. Le peu qu'elle a, je le lui prends... Pour survivre... »

« Avec ma bourse, j'achète de l'huile, du riz… »
Elle n'est pas née avec une cuillère d'argent dans la bouche et elle en est consciente. Mami Diatta, 22 ans n'a jusqu'ici pas connu les joies d'une vie facile. Fille aînée d'une fratrie de trois bouts de bois de Dieu, elle a très tôt connu les affres de la misère, entre deux parents qui s'arrachaient les che¬veux pour faire bouillir la marmite familiale. Malgré tout, elle ne se, plaignait pas et déversait plutôt sa bile contre le mauvais sort sur ses cahiers. Brillante élève, elle décroche le parchemin qui lui permet d'intégrer l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Elle étudie l'Economie familiale depuis deux ans et compte aller jusqu'à la Maîtrise avant de se spécialiser en nutrition. Titulaire d'une bourse entière de 36.000 F Cfa, c'est avec ce petit «pactole» qu'elle essaie d'entretenir sa mère et ses deux frères. «J'achète du riz, de l'huile pour la popote et avec le peu qui me reste, j'achète mes tickets de resta pour 10 jours et je mets de l'argent de côté pour mon transport.., explique-t-elle, avec un brin d'amertume.

À sa peine s'est ajouté le divorce de ses parents. Elle assume sur ses frêles épaules diverses charges familiales. La jeune fille va jusqu'à se priver pour satisfaire les siens. Ambitieuse à souhait, elle rêve de «guérir» le mal qui ronge à petit feu sa douce et tendre mère.
▼ Partagez votre commentaire

▼ Nous vous recommandons