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Société et style de vie

L’argent : que faut-il savoir de ce parasite entre les immigrés et leurs proches restés au pays ?

24 décembre 2021, M. Sow
L’argent : que faut-il savoir de ce parasite entre les immigrés et leurs proches restés au pays ?

Si un immigré s’amusait à faire les statistiques de toutes les conversations qu’il a eues (téléphone, Skype, WhatsApp, emails…) avec ses proches restés au pays depuis qu’il est à l’étranger, Il aurait de fortes chances de constater que la majorité d’entre elles tournent, directement ou indirectement autour de l’argent. Dans un monde où le respect, la réussite sociale et la personnalité des gens sont mesurés à l’aune de leur moyens financiers, les relations sociales sont, de plus en plus, « monétisées ». Les rapports entre les expatriés et ceux restés au pays n’échappent pas à cette règle qui tend à s’universaliser.

D’aucuns diront que c’est très normal; les temps étant durs au pays, certaines personnes se tournent vers ceux qui sont à l’étranger pour solliciter un peu d’aide. Pour l’immigré ce n’est pas très encourageant; c’est même démoralisant de ne recevoir d’appels ou de courriels que quand on a financièrement besoin de lui. Dans ce contexte, l’immigré peut légitimement avoir des doutes quant à la sincérité de certaines relations familiales et amicales. Cette méfiance peut d’autant le déstabiliser qu’il est souvent écartelé entre les affres de la solitude vécue à l’extérieur et le mal du pays. La vie de l’immigré est faite de hauts et de bas. Il a aussi des moments difficiles. Il est parfois confronté à beaucoup de problèmes : déceptions, chômage, maladie, doutes, discriminations, racisme, problèmes conjugaux… Comme il serait réconfortant et encourageant de recevoir, en ces moments là, des mots, de soutien et de compassion! Ces mots seraient d’autant plus réconfortants qu’ils viendraient des proches parents ou amis…, Nous sommes tous des êtres humains et toute personne sensible a besoin des mots qu’il faut et des prières pour faire face et survivre à certaines épreuves et se remonter le moral. Et, il est de ces problèmes tellement pesants qu’on a besoin de s’ouvrir à ses proches se soulager la conscience, car: « La confidence noie la douleur. » disait Mariama Ba.

Pendant ces moments difficiles, il arrive de recevoir un appel ou de téléphoner à un proche parent ou ami pour lui expliquer un problème, une situation, mais la plupart des personnes à qui on parle ne semblent pas s’intéresser à ce qu’on leur dit ou feignent d’ignorer ce qu’on leur explique, c’est à peine qu’elles font une prière laconique dont on doute de la sincérité, au contraire souvent elles s’empressent à te faire part d’un problème pour de simples mondanités ou pour des choses dont beaucoup d’immigrés se passent pour pouvoir leur envoyer quelque chose à la fin du mois. Après avoir raccroché le téléphone à la suite de ces genres d’appels, un nombre incalculable de questions te traversent l’esprit. Parce qu’on juge que, non seulement beaucoup de gens qui appellent ou à qui on téléphone ne semblent pas se préoccuper de la situation dans lesquelles les immigrés vivent, des problèmes auxquels ils sont confrontés, mais ils sont juste animés par leurs propres intérêts. Souvent après un transfert d’argent, c’est généralement l’envoyeur qui téléphone pour demander s’ils l’ont bien reçu et c’est rare, pour ne pas dire que c’est inexistant qu’une personne téléphone en retour pour dire merci. La plupart des retours d’appels que reçoivent les immigrés, si tant est qu’ils en reçoivent, c’est généralement quand il y a un problème sur le code du transfert. Peu d’entre les personnes à qui envois sont destinés trouvent les sommes suffisantes. Sans doute ignorent-elles l’énergie et les efforts qu’il a fallu déployer pour envoyer ces montants, fussent-ils modiques. Beaucoup d’immigrés ont l’impression de se battre bec et ongles pour subvenir aux besoins des gens après qui il faut courir, qu’il faut téléphoner incessamment quand il s’agit de leur demander un service ou pour régler certaines affaires, quelque importantes que soient-elles. Parce que les immigrés ne disposent pas du don d’ubiquité, qu’ils ne peuvent pas être à l’étranger et régler des problèmes pour lesquels une présence physique est exigée.

Certains expatriés sont si traumatisés qu’ils hésitent à décrocher leur téléphone quand ils voient que c’est un numéro provenant du pays qui s’affiche, surtout à l’approche de certains événements. D’autres n’arrêtent pas de changer de numéro, tant ils se font harceler et qu’ils ont peur de faire des promesses qu’ils ne pourront pas tenir, car c’est parfois difficile de dire non à certaines personnes ou de leur raconter parfois les problèmes qu’on traverse. Pour comble de malheur, beaucoup d’immigrés qui se sont sacrifiés pour leur famille, amis, ont eu la déception de leur vie, une fois rentrés au pays. Parce qu’ils n’ont peut être pas pu économiser assez d’argent pour se couler une retraite tranquille dans une belle maison : à force d’aider les autres, ils ont oublié leur propre personne. En ces moments ils se rendent compte de la méchanceté et de l’ingratitude de beaucoup de gens, à travers des propos acrimonieux qu’ils ont pu entendre, parfois venant des proches qu’ils ont aidés, ne-fut-ce qu’une fois pendant la période de vaches grasses.

Ce texte n’est pas une diatribe destinée à dresser les compatriotes qui sont au pays contre ceux qui sont à l’étranger, loin s’en faut, parce que c’est pour subvenir aux besoins de leur famille que beaucoup de gens ont quitté le pays, parfois dans des conditions difficiles, mais c’est juste un constat que beaucoup de migrants ont fait. Il faut toutefois rappeler que c’est bien de sentir que l’argent n’est pas le facteur le plus déterminant dans les relations humaines en général, a fortiori dans celles des immigrés avec leurs proches.

C’est parce que nous avons tendance à laisser nos moyens de vivre compromettre nos raisons de vivre, comme disait H. Méry, qu’on assiste de plus en plus à la monétisation des relations humaines. L’homme est multidimensionnel, parce qu’étant composé d’un corps et une âme. Donc l’argent n’est pas ce qu’il y a de plus important dans la vie pour son épanouissement, bien qu’il y joue un rôle important. Mais, avec notre société qui devient de plus en plus matérialiste où tout le monde croit que l’herbe est plus verte chez le voisin, chacun cherche à avoir plus que lui : plus belle voiture, plus belle maison, portable et ordinateur derniers cris…. Nos sociétés sont en train de perdre beaucoup de bonnes valeurs qui ont jadis contribué à la consolidation des relations familiales et amicales. Ce sujet, pour le moins tabou, mérite d’être abordé, car par hypocrisie pudiquement couverte sous le manteau du « Maslaa » (compromission), beaucoup de compatriotes, sous prétexte de ne pas heurter certaines sensibilités refusent de se dire la vérité en face.
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